Portrait : Vincent Lartizien, des vagues d’Hawaï aux Landes, il fait renaître une filière française du chanvre

Surfeur professionnel hier, entrepreneur du chanvre aujourd’hui, Vincent Lartizien porte depuis les Landes un projet industriel ambitieux : remettre le chanvre au cœur de nos assiettes, de nos vêtements et de nos bâtiments. À Saint-Geours-de-Maremne, Les Chanvres de l’Atlantique préparent désormais un changement d’échelle avec la construction de deux nouvelles unités de production dédiées au textile et à la construction.

Une plante, mille usages

C’est à Hawaï, alors qu’il mène une carrière de surfeur professionnel, que Vincent Lartizien découvre le potentiel du chanvre, une plante qui le fascine par la diversité de ses usages et ses qualités environnementales.

« Le chanvre répond aux quatre besoins fondamentaux de l’humanité : se nourrir, se soigner, se loger et s’habiller. Il est dit historiquement que le chanvre peut produire un millier de produits différents. »

Peu gourmande en eau, cultivée sans produits chimiques et valorisable dans son ensemble, la plante ouvre un champ particulièrement large : alimentation, cosmétique, textile, construction. De retour dans les Landes, Vincent Lartizien décide d’en faire un projet entrepreneurial. En 2015, il crée Les Chanvres de l’Atlantique avec une ambition : reconstruire une filière française du chanvre, de la culture jusqu’à la transformation.

Cultiver ici, transformer ici

Aujourd’hui, l’entreprise travaille avec une vingtaine d’agriculteurs partenaires et transforme environ 120 tonnes de chanvre par an. Sous sa marque Nunti-Sunya, elle commercialise huiles, graines décortiquées, farines et compléments alimentaires. Avec plusieurs entreprises du territoire, elle multiplie les applications : ART&COS pour la cosmétique, FMS pour le textile, API’UP pour le mobilier ou encore API MELLONA pour le miel au chanvre. La plante a même fait son entrée dans les cantines de 34 collèges landais, autour d’une trentaine de recettes. Une logique résolument locale : faire pousser la matière première, développer les savoir-faire et créer de la valeur sur le territoire.

Prochaine étape : passer à l’échelle industrielle

C’est désormais dans le textile et la construction que l’entreprise veut accélérer. À Saint-Geours-de-Maremne, elle dispose déjà d’une première usine consacrée au traitement de la graine, elle-même construite entièrement en béton de chanvre.

Deux nouvelles unités de production doivent voir le jour sur le site à l’horizon 2028. La première sera dédiée au défibrage : elle séparera la fibre, destinée notamment au textile, de la chènevotte utilisée dans la construction. Elle deviendra la première usine française entièrement conçue pour le chanvre, avec des équipements développés spécifiquement pour cette matière. La seconde transformera la chènevotte en blocs préfabriqués de béton de chanvre, grâce à des procédés et des machines développés en partie par l’entreprise.

Dans le bâtiment, le potentiel est considérable : selon une étude réalisée en 2026 par Vertical Sea pour Les Chanvres de l’Atlantique, une solution en béton de chanvre pourrait amortir son surcoût initial en moins d’un an grâce aux économies d’énergie, pour un coût global estimé près de 15 fois inférieur sur 40 ans. Pour alimenter cette montée en puissance et le développement de la filière textile, l’entreprise vise désormais 1 000 hectares supplémentaires de culture.

Du surf à l’industrie, le même goût du défi

Avant de se lancer dans le chanvre, Vincent Lartizien a été l’un des tout premiers freewindsurfeurs professionnels français, soutenu par Rip Curl, et a participé au développement du surf tracté en France. À son retour dans les Landes, il reprend une formation agricole. Son ancien sponsor Rip Curl l’accompagne financièrement dans la création des Chanvres de l’Atlantique. Dix ans plus tard, son terrain de jeu a changé d’échelle : des vagues d’Hawaï aux champs landais, il poursuit la même trajectoire, explorer de nouveaux possibles, avec l’ambition de faire des Landes l’un des territoires moteurs de la renaissance du chanvre français.

Les Chanvres de l’Atlantique en bref

Créée en 2015 à Saint-Geours-de-Maremne (Landes), l’entreprise réalise environ 1 M€ de chiffre d’affaires, compte 10 salariés, transforme environ 120 tonnes de chanvre par an avec une vingtaine d’agriculteurs partenaires, et commercialise ses produits alimentaires sous la marque Nunti-Sunya.

par Camille Fontaine

Camille Fontaine suit l'actualité des nominations et mouvements de dirigeants pour MediaDreams — direction générale, RH, finance, digital, communication.