Depuis mars 2024 chez Bergère de France à Bar-le-Duc, Alexandra, 41 ans, incarne l’un de ces métiers en voie de disparition : fileuse. Pas question pour autant de se lamenter, ce n’est pas son caractère. Alexandra se dit chanceuse et regarde de près la nouvelle génération, à qui elle aimerait transmettre sa passion.

Dans le vacarme régulier des métiers à filer, elle zigzague d’une machine à l’autre, l’œil attentif, le geste sûr. Fileuse chez Bergère de France, Alexandra est le visage d’un métier devenu rare en France.

Métiers rares ces savoir-faire qui résistent au temps.

Ici, rien n’est automatisé au point d’effacer l’humain. “Il faut regarder, toucher, écouter. Ce n’est pas un métier où l’on appuie sur un bouton.” Chaque jour, elle supervise ses machines, ajuste les réglages, anticipe les défauts. Une vigilance de chaque instant pour transformer la fibre en fil, puis en pelote.

Dans cette dernière filature industrielle française, tout se joue sur place : de l’arrivage de la laine à la teinture, jusqu’au conditionnement.

”On a ce privilège rare de tout faire ici”, explique-t-elle. Un modèle exigeant, qui repose aussi sur des équipements parfois anciens.
“Nos machines, on les appelle nos mémères. On les connaît par cœur. Pour que la matière sorte bien, il faut savoir les apprivoiser. Là, l’expérience compte beaucoup.”

Pas d’école

Son métier s’apprend dans la durée. Quatre mois pour prendre en main un métier à filer, bien davantage pour en saisir toutes les subtilités.

”Au bout d’un an, j’apprends encore”, confie Alexandra. Car chaque paramètre compte : la pression, la vitesse, la tension du fil. Et même la météo. ”S’il fait trop froid ou trop humide, ça change tout. Parfois, on doit réchauffer la salle avant de commencer.”

Avant le démarrage, les gestes sont précis : vérifier la pression, contrôler le nettoyage, lancer la production pour sept heures de surveillance continue. Derrière chaque pelote, des manipulations multiples, des ajustements constants.

”Une belle pelote, c’est de l’investissement.”

Esprit collectif

Alexandra évoque aussi l’avenir, avec une envie claire : transmettre. Former, accompagner, donner envie à de nouvelles générations de rejoindre l’atelier… Pour elle, la filature ne se limite pas à produire, c’est un travail collectif :

“Il y a une ambiance, un esprit d’équipe auquel je suis très attachée”.

Dans un paysage textile largement transformé, elle et ses collègues perpétuent un savoir-faire exigeant, profondément humain. Un métier de précision, où chaque geste compte et dont chaque pelote garde la trace.

A propos de bergère de france

Fondée en 1946, Bergère de France est aujourd’hui la dernière filature industrielle de laine en activité sur le territoire français. Avec 78 salariés réunis en Scop, l’entreprise conçoit et fabrique des fils à tricoter distribués en France et à l’international.

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par Camille Fontaine

Camille Fontaine suit l'actualité des nominations et mouvements de dirigeants pour MediaDreams — direction générale, RH, finance, digital, communication.