Figure engagée de la réindustrialisation, Virginie Saks a trouvé sa vocation là où elle ne s’y attendait pas. Marquée par la dimension humaine et historique de l’industrie, elle a bâti un parcours singulier, entre terrain, conseil et transmission. Co-fondatrice du cabinet Compagnum, elle accompagne aujourd’hui entreprises et territoires dans leurs transformations stratégiques. À travers son engagement, elle défend une vision ouverte et sociétale de l’industrie, où diversité, pédagogie et ancrage local sont des leviers essentiels.
Virginie Saks ne se destinait pas à l’industrie et, pourtant, c’est aujourd’hui une évidence pour elle. Le déclic remonte à ses débuts chez Consilium, dans l’aluminium, lorsqu’elle découvre un laminoir américain datant de 1957, vestige d’un passé industriel chargé d’histoire et symbole des grandes coopérations d’après-guerre. « Ce jour-là, j’ai compris que l’industrie, c’est un bout d’histoire vivante », confie-t-elle, en évoquant aussi la richesse humaine de cet univers, fait d’« ingénieurs, d’ouvriers et d’industriels profondément passionnés ». Une révélation qui ne la quittera plus.
Un regard différent dans un monde d’experts
Diplômée d’Essec Business School et commerciale de métier, elle s’impose pourtant rapidement grâce à cette différence qu’elle revendique dans un milieu d’ingénieurs. « Les ingénieurs étaient passionnés par leurs produits, mais parfois moins à l’aise pour les vendre. J’apportais un autre regard, tourné vers l’extérieur », explique-t-elle. Dans un environnement encore largement masculin, elle accède jeune à des fonctions de direction commerciale et retient une expérience contrastée mais structurante : « Curieusement, il a été plus difficile d’être commerciale que d’être une femme dans l’industrie. » Sur le terrain, au plus près des usines, elle trouve pleinement sa place et donne un sens concret à son action : « J’avais conscience des emplois que je contribuais à préserver » à chaque contrat signé.
Profondément attachée à cet univers, elle en perçoit vite les limites et comprend qu’elle ne pourra pas en transformer les dynamiques de l’intérieur. Elle choisit alors de se tourner vers la formation et le conseil, convaincue de l’importance de transmettre pour faire évoluer durablement les pratiques. À la tête d’un institut de formation jusqu’en 2020, elle développe une approche exigeante mêlant stratégie, pédagogie et engagement. La crise du Covid marque un tournant et l’amène à lancer avec François Verrecchia le cabinet Compagnum, avec l’ambition d’accompagner les entreprises industrielles de manière plus globale, en articulant gouvernance, stratégie et transformation.
Relier l’industrie aux territoires, éclairer comme on enseigne
Au fil de ce parcours, une autre passion s’impose : celle des territoires. Née et élevée à Paris, longtemps tournée vers l’international, elle découvre plus tardivement la richesse des régions françaises et s’en éprend profondément. « Je suis littéralement tombée amoureuse des territoires », confie-t-elle, frappée par un constat : « elles rencontrent toutes les mêmes défis, mais ne sont pas assez valorisées pour tout ce qu’elles font ». Avec son associé François, elle construit une approche à 360°, reliant stratégie d’entreprise et écosystèmes locaux en croisant leurs expertises. Pour tous les deux, « l’industrie est un sujet profondément sociétal » et les industriels doivent « redevenir des figures reconnues dans leurs territoires, ouvrir leurs portes, expliquer leur rôle et recréer du lien avec les citoyens ».
Cette vision est nourrie par son engagement académique. À l’ESSEC, où elle préside la filière industrielle, Virginie Saks défend une approche du conseil inspirée de l’enseignement, fondée sur la transmission et l’autonomie : « Nous ne sommes pas là seulement pour conseiller, mais pour transmettre. L’objectif est que les industriels puissent ensuite avancer seuls. » Pour elle, accompagner des dirigeants ou former des étudiants relève d’une même logique : éclairer, structurer la réflexion et donner des clés pour agir durablement.
Diversité et rôles modèles : un enjeu de transformation
Si elle observe une féminisation progressive de l’industrie, notamment dans certaines filières plus paritaires, elle reste lucide sur ses limites. « Les efforts existent, mais ils ne vont pas assez vite », souligne-t-elle, en insistant sur le rôle clé du middle management : « c’est là que se créent les rôles modèles, et aujourd’hui il manque encore trop de femmes directrices ou responsables ». Au-delà du genre, elle plaide pour une diversité plus large, encore insuffisamment incarnée : « l’industrie a besoin de designers, d’économistes, de communicants… La diversité des points de vue est un levier de performance sous-exploité ». Entre discours et réalité, l’écart reste, selon elle, significatif.
Son engagement dépasse le seul cadre des entreprises pour s’inscrire dans une ambition collective. « L’industrie doit aller vers les citoyens, comme les politiques le font », affirme-t-elle, plaidant pour une pédagogie active, presque militante.
« Il faut faire de l’industrie un projet partagé, capable de fédérer les territoires et de mobiliser les Français autour d’un récit commun, valorisant et assumé. »
À propos de Compagnum
Compagnum est un cabinet de conseil et d’étude sur la réindustrialisation cofondé par Virginie Saks et Francois Verrecchia. Ensemble, ils accompagnent des entreprises industrielles dans leur stratégie territoriale (foncier, impact, gouvernance, commande publique) et les collectivités dans leur stratégie d’attractivité industrielle et de gouvernance locale. Ils interviennent sur tous secteurs et en particulier sur les filières de la transition énergétique. Leur approche est pragmatique, rapide, collaborative et en confiance.
Virgnie Saks et François Verrechia sont également membres des Centres des jeunes dirigeants et Forces Françaises de l’Industrie, intervenants à l’université de Paris et l’institut Léonard de Vinci.
Plus d’informations sur www.compagnum.com
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